Be My Guest #2 : Alban Peltier (Looneo)
Place de l’Alma : petit épicentre d’un quartier généralement dévolu aux généraux de la finance, aux artilleurs de la fusion-acquisition et aux bataillons de la couture qu’on dit haute. J’y avais rendez-vous avec Alban Peltier, ex-capitaine’com MSN et néo-éclaireur du web avec Looneo.
Où donc ? Chez DeVèz, adresse que je devinais tendre autant par la provenance de ses viandes - l’enseigne première du patron des lieux n’est autre que la bien nommée Maison de l’Aubrac, refuge de viandards des beaux quartiers - que par ses tarifs. On est quand même dans un quartier où la moindre table ronde à nappe blanche et où le plus galvaudé des crus bordelais vous envoie sans vergogne, tel un vulgaire boulet de canon, au centre de recouvrement de la carte bleue.
Je m’installe peinard à la table qu’on m’a assignée. Et là, je me dis que ça part pas trop bien. J’avais précisé par téléphone “non fumeur”, et je me retrouve au paradis des cendriers. Mais par ailleurs, je ne suis pas cerné par l’Amicale du Cohiba. Et puis j’aime pas les fâcheries au premier regard. Donc je moufte pas. Comme il est encore un poil tôt - 12h30 -, j’en profite pour mater autour de moi. Ouais, c’est de la boiserie claire qu’on a mis un peu partout. Les tables jouent un peu à touche-touche, mais la mienne, ronde, est dans un angle derrière l’une des portes d’entrée. Ca ressemble beaucoup à un genre de brasserie qui aurait subi une cure de jeunisme : lampes aux abat-jour de couleur, petits fauteuils tendus de velours - un rien fatiguée, la matière.
Autour de moi, ça commence à se garnir. De bonnes mines du quartier, entre financiers tout de noir cravatés et courtières en assurances cintrées dans le blazer. Le brave cliché, quoi. Et puis je vois se pointer un jeune gars qui tranche un peu, en chemise toute simple, et je me dis que c’est Alban. Gagné. Serrage de paluches et direct on embraie sur la causette, tandis que le serveur tente de se positionner pour une prise de parole. Bah non, on n’a pas encore louché sur la carte. Repasse donc dans quelques instants, l’ami. Il a l’air vraiment cool, l’Alban. Pas guindé. Franc. Curieux - dans le bon sens du terme - de l’autre. D’ailleurs, moi qui avais préparé une batterie de questions, le pourquoi du comment je viens d’où et où que j’trace, je suis pris à revers par les siennes, de questions. Alors je me lance, j’y vais. Je deballe tout. Le parcours, les accointances, le deuxième prénom de la femme de mon boulanger. Et ça coule tout seul. Naturel. Tout ça pour dire qu’avec Alban Peltier, je me suis senti à l’aise tout de suite.

Je profite de la troisième survenue du serveur - euh, oui, noix de joue de boeuf braisée pour Alban, tartare au piment d’espelette et galette de Laguiole pour moi - pour inverser la tendance. Je le “pluge” direct sur Looneo, et là mon neveu, j’ai mis dans la plaque. Il m’explique tout, le concept, le modèle économique, le recrutement de ses “experts”, l’interaction. Je vous le dis, on sent de l’envie chez le garçon. Il semble habité par ce qu’il dit. Il y croit. Moi aussi.
Je tente de m’activer sur mon tartare, le genre goûtu, même si j’aurais préféré une découpe moins fine et surtout qu’il n’arrive pas tout prêt à table. Mais la bête est bonne, la chair se détache bien. De son côté, Alban fait un sort à sa noix de joue et aux tagliatelles en cousinage dans l’assiette. Pas du gastro, tout ça, mais une forme de certitude dans la simplicité, qui ferait presque plaisir finalement. La fillette de Côtes du Luberon du Domaine d’Antonin, encore sur le fruit, mais dont on ne sent quasiment plus le petit élevage (tant mieux !), emballe le tout de ses notes légèrement épicées.
Nos desserts suivent à la volée : Alban se coltine un coulant au chocolat noir et cœur passion, et moi une crème brûlée au thé Sencha et framboises. C’est pas la révolution des papilles au programme, mais c’est carré. Un café, l’addition qui confirme sa douceur (80 € à deux), et nous voilà dehors en 1h30 chrono. Le service, souriant et sans froufrous, y est pour beaucoup dans ce timing épatant. Comme le dira Alban en sortant, c’est l’endroit où on va avec le client qu’on connaît, qu’on aime bien, et avec qui on peut se départir un tant soit peu de la forme.
Du coup, nous deux, on aurait presque envie de continuer à jacter. Mais bon, il a ses rendez-vous, moi mes obligations. Dont une le concerne. Un petit shoot vidéo dans lequel vous le verrez vous expliquer Looneo comme si ça avait toujours existé.
Thomas Le Goff










