Be My Guest #11 : Aude du Colombier (Fox Pathé Europa)
Aujourd’hui je vais manger dans un quartier où je ne traîne pas souvent mes guêtres, le 7e arrondissement. J’y ai dégoté une adresse qu’on dit intéressante et je vais la tester en compagnie d’Aude du Colombier, dir’marketing de Fox Pathé Europa.
Et c’est où ça ? Dans un resto qui s’appelle – banalement – La Cuisine, nom à propos duquel François Simon – salut François, si tu passes sur le blog – avait en son temps écrit que ce n’était pas forcément mauvais signe. Toujours est-il que je trimballe ma carcasse sur le très cosy boulevard de la Tour Maubourg, en quête du fameux repaire. J’y parviens : ce n’est pas vraiment un repaire, mais un endroit tout ce qu’il y a de plus bourgeois, sans vouloir être péjoratif. C’est le 7e, que voulez-vous.
Le décor ne me fait pas particulièrement sauter en plafond, mais c’est propre et net, avec des tons dans les jaunes et pas mal de vases en verre. C’est du contemporain chic et pas ostentatoire, je présume. En tout cas, on m’accueille avec un grand sourire, sans se formaliser de mon t-shirt, et on me colle dans l’angle au fond, un peu à l’écart du reste des tables. Bien peinard, je zieute autour en attendant Aude. C’est de la bonne clientèle de quartier ça. Rien ne dépasse, c’est bien poli, ça cause bas. Pour ma pomme, c’est plutôt reposant, presque dépaysant, ça me change.
Aude arrive avec son petit sac à main, on dirait qu’elle cherche avec les yeux à deviner le sort que je lui réserve. Bah juste celui de discuter gentiment et de vider les assiettes en même temps, si possible sans fausse note. Je suis pas du genre tortionnaire, moi. On cause un peu de son business, de l’influence du Net sur le marché de la vidéo, des DVD – je suis gros consommateur, certains de mes amis me prennent même pour une dvdthèque… Je me déclare plutôt du côté du cinéma d’auteur, elle me répond avec une partie du catalogue Truffaut qui ressortent chez eux.
C’est pas le tout, mais faudrait penser à se restaurer. Aude a une grosse réu derrière, et puis on est déjà venu une fois s’enquérir de nos choix. Aude opte pour un gaspacho glacé au basilic avec une duxelle de courgette, un choix qui colle bien au temps ensoleillé. Pour ma part, je prends un millefeuille de pot au feu et légumes, sauce au raifort et “fine salade”. C’est pas parce que je suis chez les bourgeois que je vais pour autant boycotter les plats un rien canaille, non ?
La question du vin se pose, puis se dépose : c’est midi, on bosse, tout ça, on est des gens raisonnables, après tout. Bon ok, ce sera pour la prochaine. Mais je lâche pas l’affaire, je questionne sur le sujet. Et j’apprends qu’Aude, ça la travaille en profondeur, le pinuche, et depuis un bout de temps. Des années qu’elle prend des cours avec son mari, d’abord à Neuilly avec Faure-Brac – y’a pire pour commencer, non ? -, maintenant ailleurs. Elle parle d’une bande de potes qui s’est formée. Mais pour lui faire lâcher des préférences, des noms de domaines, macache ! Alors c’est moi qui cause. Je vois que la Loire, ça lui déplaît pas. Je lance “Coulée de Serrant”, ce qui se fait de mieux en chenin à mon humble avis. J’explique un peu, elle prend des notes. Comme son anniversaire n’est pas loin, je donne une adresse où envoyer son mari afin de dénicher quelques vieux millésimes sans trop se faire assommer – désolé Olivier ;)
Pour tout vous dire, nos entrées sont passées comme une lettre à la poste – elle m’est venue après le déj avec Pierre Mawas, fallait que je la sorte. De l’appliqué, du bon, vraiment bien. Pour le plat, une fois n’est pas coutume, je fais choix commun avec mon guest : ce sera un filet de daurade flambé au pastis et des pâtes fraîches aux herbes. Le service enchaîne gentiment, tout se passe bien dans cette maison où, très honnêtement, on ne se prend pas la tête avec des salamalecs, et c’est tant mieux. On goûte du bout des lèvres, on commente l’anis étoilé, on savoure. Très bien cette daurade, belle texture, le goût est là : on a respecté le beau produit. Même pas trop cuite. Bon, fallait bien qu’un petit truc cloche, ce sont les pâtes qui avouent qu’elles ont fait trempette un peu trop longtemps. Rien de très grave, juste de quoi rater la mention TB. Enfin, ça ne nous stoppe pas dans la parlotte, c’est franchement détendu, on cause de personnes qu’on aime bien – hello Moohaï et Fragola. Je vais justement prochainement passer quelques jours avec eux dans l’Ile de Ré, à l’air du large. Ca s’illumine chez Aude, Ré ça lui cause à fond – matez la vidéo de l’interview si vous me croyez pas –, elle y va depuis quelques années. Est-ce que je suis pas un petit malin, moi ? Z’avez vu ce naturel pour lancer le sujet qui rigole ? C’est d’ailleurs quasiment là-dessus que l’on clôt notre déjeuner, et mon grain de moka avalé, je règle – pas bien ruineux, au vu de la nourriture et du service –, puis on se présente au poste de poinçonnage vidéo. Derrière les vitres du resto, c’est soupçonneux : une vieille bique 100 % Invalides / Ecole Militaire, tapissée de partout et plantée sur sa chaise comme un castor empaillé au-dessus de la cheminée, se demande bien qui sont ces jeunes qui viennent troubler la quiétude de ses yeux avec des affaires de caméra. Rassure-toi môman, tu passeras pas aux infos…
