S WCe jour-là, j’attendais beaucoup. De quoi ? De tout. De ma rencontre avec Emmanuelle Guilbart, directrice du pôle Jeunesse de Lagardère Active. De moi, puisque que je me sentais en forme, l’œil vif et l’estomac vide – on me souffle qu’on dirait un descriptif un brin hâtif de Milou. Pas grave. Et aussi du restaurant où j’allais rencontrer mon invitée.
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Ce jour-là, j’attendais beaucoup. De quoi ? De tout. De ma rencontre avec Emmanuelle Guilbart, directrice du pôle Jeunesse de Lagardère Active. De moi, puisque que je me sentais en forme, l’œil vif et l’estomac vide – on me souffle qu’on dirait un descriptif un brin hâtif de Milou. Pas grave. Et aussi du restaurant où j’allais rencontrer mon invitée.
Où donc ? Chez Flora Mikula, ou plus exactement aux Saveurs de Flora. En plein triangle d’or, avenue George V. Quasiment pile poil en face du George V, l’hôtel. Bah oui, encore une fois en plein “business land”… Mais c’est un peu inscrit dans l’objet de Be My Guest, non ?
En tout cas, j’étais impatient d’en découdre avec mes deux femmes du jour. Oh, pas avec l’esprit guerrier ; j’étais juste plein de questions. Curieux d’abord de savoir, concernant Emmanuelle Guilbart, comment on devient si jeune boss de quatre chaînes de télé. Curieux également, vis-à-vis de Flora Mikula, de vérifier comment, si jeune également, on devient la coqueluche du Tout-Paris gastronomique, et pourquoi les étoiles promettent de s’abattre sur elle.C’est pourquoi je me suis pointé juste avant l’heure dite, manière de pouvoir, peut-être, prendre un peu mes marques, sans avoir à faire de concert et la découverte des lieux du forfait gustatif, et la connaissance de mon invitée qu’on m’avait promise aussi brillante que pressée.
Ça tombe bien, puisque mon phone sonne : c’est l’assistante d’Emmanuelle Guilbart. Elle me fait savoir que celle-ci est dans un taxi et arrive “tout de suite”. Très bien. C’est le “tout de suite” de boss, qui vaut bien celui du coiffeur. Ça me laisse au bas mot 15 minutes pour humer l’ambiance chez Flora Mikula.
L’accueil est aimable, les tables déjà toutes prises ou presque. Consultants, modeux et Américains sont en place, propres sur eux, polis et tout. C’est cosy chez Flora. Une bonbonnière rose aux éclairages tendres. Des appliques vénitiennes aux murs. Des lampes Starck planquées de-ci de-là – j’apprendrai par la suite que la décoratrice est une disciple de Starck. On est bien sur ces chaises-là, simples et confortables, et dont certaines ont un dossier qui comprend un médaillon transparent décoré. Le chic parisien sans ostentation.
J’en suis là de mes pensées, et juste au début de ma bouteille d’eau lorsqu’Emmanuelle Guilbart s’annonce. Déboule, plutôt. “Bonjour”, sac à main posé sur la table, “je reviens”, ça y est, elle est là, nos mains se serrent, on peut s’asseoir. Elle est désolée, une réu qui traîne, une autre derrière le déj. Aurons-nous le temps ?
C’est la vie du boss, ça. J’étais préparé. Je lui sers un peu de flotte à bulles, histoire de la réoxygéner. Voilà. On peut causer, maintenant. J’avais prévu quelques sujets un peu à la marge. Des trucs de traverse, histoire ne de pas agresser.
On mate un coup la carte – le genre molto appétissant ; je commence sur une devinette. Le lien entre Emmanuelle, Flora, et moi. Regard étonné en face. Je n’aime pas torturer les gens. La réponse, c’est : Pologne. Flora Mikula, avec son patronyme, affiche ses origines. Moi, ce n’est pas marqué dessus, mais je suis moitié varsovien, merci maman. Et Emmanuelle a passé plus de trois ans là-bas, à mettre en place Canal + Pologne. Sourire sur son visage. Elle semble se détendre. On sent que ce matin déjà, elle n’a pas dû chômer.Et puis les petites choses qu’on a posées subrepticement sur notre table, des manières de mini-tapas qui nous font de l’œil, c’est beau et c’est bon. Tandis qu’Emmanuelle se décide pour des œufs coque à la truffe noire, aux girolles et au foie gras, je me laisse tenter à jouer les prolongations ibères avec des tapas de crustacés : homard en ravioli et nem, tourteau et crevettes grises en galette et verrine. Collégialement, nous prenons la grave décision de nous abstenir d’alcool. Pas que cela nous désintéresse. Pour moi, vous savez déjà. C’est au tour d’Emmanuelle de me sortir sa petite surprise du chef. Le vin, elle ne déteste pas. Pour tout dire, elle en produit même un peu, sur la terre de ses origines, du côté de Chinon. Elle vient d’ailleurs de confier ses vignes et la vinification à Philippe Alliet. La star du chinonais, pour vous éclairer un peu. Je lui souffle “Coteau de Noiré”, la cuvée qui va bien d’Alliet. Nous venons de trouver un nouveau terrain d’entente.
A peine le temps de nous extasier sobrement sur nos entrées. De mon côté, c’est vraiment très très bien. Les produits sont éminemment respectés, ce qui n’a pas empêché un travail de tous les instants, on le devine, pour en arriver à ce qui se trouvait dans l’assiette – dans mon estomac désormais -, suivez un peu. Ça m’a bien claqué le palais, ce petit ensemble tout en fraîcheur. Chez Emmanuelle, l’œuf à l’air au top. J’ai réembrayé sur la Pologne. Je cherche à savoir comment on monte une chaîne de télé. Elle m’explique gentiment. Je digresse sur Varsovie. Où logeait-elle ? Et puis, les écureuils de Lazienki, le grand parc de la capitale.Au moment où le plat arrive – je dis “le” puisqu’Emmanuelle et moi avons conjointement opté pour le risotto à la truffe blanche d’Alba -, je réamorce sur la chose professionnelle. La questionne sur les 15 ans chez Canal. On parle programmes, contenus. Là, je sors mon deuxième atout. Moi aussi je connais un peu la boutique, pour y avoir passé deux ans. Cela me vaut un autre regard et quelques questions. Oui, oui, on a du monde en commun : Martine Jeandot, Laurent de Camas. Pour moi, c’est un peu madeleine, ça commence à remonter. Je sens que pour Emmanuelle, c’est encore frais.
Le risotto est majestueux. “All’onda” comme il se doit. La truffe blanche nous enveloppe de ses arômes d’une rare persistance. Je suis très sensible question risotto. Je me pique de réaliser, at home, différentes préparations affiliées. Emmanuelle, elle, ne cuisine pas tellement. C’est monsieur qui œuvre. On est bien. Si je devais quand même l’ouvrir, je dirais, avec le recul, que ce risotto était quasiment parfait. Un rien salé, peut-être. C’est pas grand-chose. Une impression fugace, comme ça. Ça n’a rien gâché.Le sablier est presque écoulé. Je sens chez Emmanuelle que son horloge bio vient de lui souffler à l’oreille l’heure de la prochaine réu. Tant pis pour le dessert. Le goût de la truffe en bouche, nous commandons nos cafés – au fait, le service est discret et efficace -, nous causons un peu de Lagardère quand même. Emmanuelle déclare sa flamme pour les contenus. J’avais compris. Ce n’est pas moi qui vais la contredire. Ça me parle aussi.
Je règle : 160 €, c’est pas donné, mais ça les vaut facile. Même pas mal. Nous devons déjà nous quitter. Nous allons nous revoir bientôt, chez maison boulot à elle, pour shooter l’interview. Elle se met en chasse d’un tacbar. J’erre un peu sur l’avenue George V. C’est par où déjà, Lazienki ?